🎓 Le RĂ©veil de l’UniversitĂ© : YaoundĂ© actionne le levier de la “Renaissance AcadĂ©mique”
Après plus de deux annĂ©es de paralysie partielle, de doutes et de suspensions, le système universitaire camerounais s’apprĂŞte Ă vivre un vĂ©ritable “Big Bang” administratif. Le Ministre de l’Enseignement SupĂ©rieur, Jacques Fame Ndongo, a annoncĂ© une sĂ©rie de mesures fortes destinĂ©es Ă replacer le Cameroun sur l’Ă©chiquier de l’excellence acadĂ©mique continentale. Entre ambition retrouvĂ©e et fragilitĂ©s structurelles, analyse d’un tournant dĂ©cisif.
Le communiquĂ© signĂ© ce lundi 5 janvier 2026, fait suite Ă une rĂ©union de haut niveau Ă YaoundĂ©, rĂ©unissant le gotha de l’universitĂ© camerounaise et les experts du Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement SupĂ©rieur (CAMES). L’objectif est clair : transformer la dynamique positive actuelle en un leadership pĂ©renne.
Le “Laboratoire Cameroun” : Une Puissance au CAMES
La première prioritĂ© du gouvernement est l’amĂ©lioration des performances aux programmes du CAMES. Le contexte est, il est vrai, galvanisant. Lors de la 22ᵉ session du concours d’agrĂ©gation en sciences juridiques, politiques, Ă©conomiques et de gestion (SJPEG) tenue Ă Dakar en novembre 2025, le Cameroun a frappĂ© un grand coup en plaçant 22 laurĂ©ats sur 86, s’octroyant plus de 25 % du total des admis.
Pour consolider ces acquis, YaoundĂ© mise sur une “Commission Institutionnelle Nationale” et la redynamisation des commissions locales. Selon le Ministre, il s’agit de renforcer mĂ©thodologiquement l’encadrement des futurs agrĂ©gĂ©s et des candidats au ComitĂ© Consultatif Interuniversitaire (CCI). Cependant, cette ambition se heurte Ă une rĂ©alitĂ© de terrain documentĂ©e par les experts : le sous-financement chronique de la recherche et l’accès limitĂ© aux ressources internationales restent des freins majeurs Ă l’innovation.
Doctorats : La fin d’une longue traversĂ©e du dĂ©sert
L’une des annonces les plus attendues concerne la formation doctorale. Suspendue depuis juillet 2023 suite Ă un audit rigoureux sur la “soutenabilitĂ© financière” — nom de code pour dĂ©noncer le dĂ©sordre et les dĂ©rives budgĂ©taires —, la recherche doctorale dispose dĂ©sormais d’un cadre normatif.
ÉlaborĂ© avec l’appui de l’Ambassade de France et de l’AUF, ce nouveau cadre doit garantir “l’assurance qualitĂ©”. L’enjeu est de taille : mettre fin au financement informel des soutenances par les Ă©tudiants, un flĂ©au qui a longtemps terni l’image du diplĂ´me suprĂŞme. Cette relance s’inscrit dans la vision du PrĂ©sident Paul Biya, rĂ©affirmĂ©e lors de son investiture le 6 novembre 2025, de faire de la jeunesse le fer de lance de l’Ă©mergence.
ENS et ENSET : Le retour de la méritocratie ?
Le gouvernement a Ă©galement scellĂ© le retour des concours d’entrĂ©e dans les Écoles Normales SupĂ©rieures (ENS) et d’Enseignement Technique (ENSET). Depuis 2023, le passage par l’admission sur dossier, sans garantie d’intĂ©gration dans la fonction publique, avait créé une dĂ©motivation profonde chez les futurs enseignants.
La rĂ©ouverture de ces concours est saluĂ©e, mais elle pose une question centrale : l’État a-t-il les reins assez solides pour absorber financièrement ces nouvelles promotions ? Le budget 2026, bien qu’orientĂ© vers le fonctionnement, devra prouver qu’il peut transformer ces annonces en postes budgĂ©taires rĂ©els.
Le dĂ©fi de l’exĂ©cution : De la parole aux actes
Si ces mesures marquent un tournant psychologique indĂ©niable, le monde universitaire reste prudent. La crĂ©dibilitĂ© de cette relance ne se mesurera pas au nombre de communiquĂ©s, mais Ă l’effectivitĂ© des allocations budgĂ©taires et Ă la transparence de la gouvernance.
Le système universitaire camerounais est Ă la croisĂ©e des chemins. Comme le souligne le virage Ă©ducatif observĂ© rĂ©cemment en Chine pour l’horizon 2035, la souverainetĂ© d’une nation repose sur sa capacitĂ© Ă produire un savoir autonome et compĂ©titif. Pour le Cameroun, l’heure n’est plus aux ajustements techniques, mais Ă une transformation structurelle capable de rĂ©pondre aux dĂ©fis de la quatrième rĂ©volution industrielle.
Source: MINESUP

Jean Bosco BELL
