ActualitésCampuslifeComprendreConférenceQuestion genreSociété

Quand l’Université éveille les consciences : À Yabassi, les femmes ne demandent plus, elles agissent

Le 6 mars 2026, l’École Nationale Supérieure d’Agronomie, d’Halieutiques et de Médecine Vétérinaire de l’Université de Douala à Yabassi (ENSAHV) s’est muée en un sanctuaire de réflexion et d’audace. Loin des célébrations de façade, la table ronde organisée pour la Journée Internationale des Droits de la Femme a brisé les tabous : de la précarité du travail informel aux récits poignants de « success stories » parties de rien, retour sur une journée où le savoir est devenu une arme de libération.

« Est-ce qu’une société inégalitaire peut réellement évoluer ? » Cette question, posée par le Dr Arlette Ndjuissi, a flotté comme un défi dans la salle de Conférence de l’ENSAHV ce vendredi. Sous la houlette du Pr. Minette Tomedi Eyango épse Tabi Abodo, Directeur de l’ENSAHV, les femmes présentes n’ont pas seulement commémoré une date ; elles ont disséqué une réalité complexe, en présence de Mme Dallè Désirée, épse Ngongang, Délégué Départementale de la promotion la femme et de la jeune fille.

Le chœur des expertes : Ce qu’il fallait retenir

Pour nourrir le débat, un panel de haut vol a passé au crible les obstacles qui freinent encore l’ascension féminine au Cameroun. Voici la synthèse de leurs interventions :

  • Trois étudiantes, Bofia Adiang Eméline, Mbouwe Ditchou ornella Grace, Makana Mouodo Thérèse : Hisorique et évolution. En rappelant les étapes clés de cette quête de droits fondamentaux, elles ont mis en lumière un paradoxe central : si des progrès indéniables ont été accomplis, le combat pour une égalité pleine et entière demeure d’une brûlante actualité..
  • Dr Arlette Ndjuissi : L’Égalité comme levier de survie. Elle a défini le thème de la conférence en rappelant que la justice ne doit pas être une proclamation théorique, mais une pratique quotidienne. Pour elle, donner aux femmes les moyens de prendre leur destin en main est une question de survie pour la prospérité de la nation.
  • Dr Alvine Ngoutane : Le cri des chiffres. Elle a dressé un bilan statistique alarmant sur l’accès à l’éducation, notant que 60 millions de filles en Afrique et en Asie ne sont pas scolarisées. Elle préconise une éducation « sensible au genre » pour encourager les filles vers les filières scientifiques.
  • Pr. Divine Yemdjie : Le piège de la précarité. Elle a plaidé pour un emploi stable, soulignant que le travail informel confine les femmes dans une vulnérabilité sociale et sanitaire. Elle a rappelé que les femmes, bien que souvent plus diplômées, subissent encore des écarts de revenus de 2 % à la retraite par rapport aux hommes.
  • Dr Barbara Noufeu : Concilier tradition et modernité. À travers l’histoire poignante de Fatma, mariée de force à 14 ans, elle a dénoncé les pratiques traditionnelles nocives (mariages précoces, excisions) qui brisent les rêves des jeunes filles et a appelé à lever les tabous.
  • Mme Laure Pouomogne : Le rôle des sentinelles. Elle a mis en exergue le rôle crucial des médias et de la société civile dans la dénonciation des féminicides et la promotion des droits, tout en rappelant la nécessité d’inclure les hommes dans cette lutte contre la violence.
  • Mme Dallè Désirée, épse Ngongang : Attention à l’unilatéralisme. Elle a rappelé que les hommes ne sont pas épargnés par les violences et que la détresse peut parfois les conduire à l’irréparable. Elle a ainsi saisi l’occasion pour sensibiliser les femmes à cette réalité, soulignant que le respect des droits et de la dignité humaine doit être mutuel pour construire une société harmonieuse.
  • .Dr Madeleine Ngo Mback : La voix au chapitre. Elle a analysé la place de la femme dans la gouvernance, déplorant que malgré 53 % de la population, les femmes ne représentent que 15 % des maires. Elle appelle à transformer les « capacités managériales » féminines en leadership politique et universitaire réel.
  • Dr Rosine Golong : La Femme, pilier de la Nation. Elle a recentré le débat sur la famille, affirmant que promouvoir la femme, c’est sécuriser l’avenir de la nation toute entière, car elle joue un rôle de médiatrice et de soutien économique indispensable.

Déconstruire les mythes : Entre Bible et stéréotypes

L’un des moments les plus électriques de la journée fut sans doute l’échange avec le public. Face à une interprétation littérale de la Bible — évoquée par un étudiant — présentant la femme comme une « aide secondaire », les universitaires ont opposé la rigueur de l’exégèse. Le mot hébreu Ezer (aide), souvent utilisé pour désigner Dieu lui-même secourant l’humanité, ne suggère pas l’infériorité, mais un « vis-à-vis indispensable ».

« La femme n’est pas une servante, elle est celle qui permet à l’humanité d’être complète », a résumé le panel. Un recadrage philosophique essentiel face aux clichés qui pullulent sur les réseaux sociaux.

La résilience en héritage : Les leçons d’Adèle et Véronique

Mais au-delà des concepts, ce sont les parcours de vie qui ont ému l’assistance. Le témoignage de Mme Adèle Ngailai, Proviseur du Lycée Technique Professionnel Agricole de Yabassi, a été un véritable électrochoc. Promise à un mariage précoce, destinée à l’analphabétisme, elle a prouvé que la détermination et la résilience pouvaient briser les plafonds de verre les plus épais.

À ses côtés, Mme Véronique Songa (SAF-ENSAHV) a partagé son expérience de femme « battante », capable de mener de front une carrière administrative et des activités entrepreneuriales pour soutenir sa famille, prouvant que l’autonomie financière est le socle de la dignité.

Marqué par ces récits de résilience, le Pr. François Tchoumbougnang a tenu à rendre un vibrant hommage à ces deux figures inspirantes, appelant l’auditoire à les acclamer chaleureusement. Il a ainsi érigé ces trajectoires en exemples pour les jeunes étudiantes et a invité les étudiants masculins à une profonde déconstruction des stéréotypes de genre.

L’Action : Le mot d’ordre final

En clôturant les travaux, le Pr. Minette Tomedi Eyango, épse Tabi Abodo a fortement remercié Monsieur le Recteur le Pr. Magloire ONDOA qui a permis le déploiement de ces travaux. Elle a exhorté la jeunesse à ne pas se laisser distraire par les stéréotypes des réseaux sociaux. « La connaissance libère », a-t-elle insisté, invitant les jeunes filles à s’armer de sciences et les jeunes garçons à considérer les femmes comme des partenaires égales et sérieuses.

La JIDF 2026 à l’ENSAHV n’est pas une simple fête, mais un appel vibrant à l’action pour que chaque femme camerounaise retrouve sa place en termes d’équilibre, d’égalité et de bien-être.

Jean Bosco BELL

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *