L’IA à la conquête de Douala-Université : Entre révolution entrepreneuriale et doux murmures de cocktails
L’Amphithéâtre 680, ce brave vétéran des joutes oratoires estudiantines, a, nous dit-on, « vibré ». Pas sous le coup d’une secousse sismique, rassurez-vous, mais bien au rythme des « discours inspirants » et des « applaudissements nourris » (on imagine la ferveur quasi-mystique) marquant l’ouverture de la Semaine Culturelle 2025 de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Douala. Thème de cette grand-messe annuelle ? Accrochez-vous : « Intelligence Artificielle et Entrepreneuriat : Une Opportunité pour l’étudiant entrepreneur ». Rien que ça. On sent déjà le frémissement des futures licornes localement mondialisée.

Dès potron-minet, ou presque (10 heures, pour être précis), l’ambiance était qualifiée d’« électrique ». On suppose que les plombs n’ont pas sauté, malgré la concentration de matière grise et d’ambitions au mètre carré. Sur l’estrade, le gratin universitaire, M. le Doyen de la FLSH en tête de cortège, s’est relayé au micro pour nous rappeler – au cas où nous l’aurions oublié entre deux coupures d’Eneo – l’importance cruciale de ce raout académique.
Le Doyen, Pr Robert Kpwang Kpwang, dans un élan prophétique, a « martelé » (le verbe est choisi avec soin, évoquant sans doute la force de conviction d’un Moïse des temps modernes) la « nécessité pour les étudiants de s’approprier les outils technologiques comme l’IA pour booster leurs projets ». « L’IA n’est pas une menace, mais une alliée », a-t-il proclamé, déclenchant probablement une ola dans l’assistance, ou du moins quelques hochements de tête entendus. On attend avec impatience le module « IA pour optimiser son business de beignets-haricots-bouillie ».
Puis vint le tour de Mme le DIPD, Pr Atlante BIBOUM également grande manitou du Complexe de la Professionnalisation (un nom qui sonne comme une promesse de lendemains qui chantent… et qui facturent). Avec une assurance de communicante chevronnée, elle a rappelé que l’université, loin de se cantonner à la triviale délivrance de parchemins, ambitionne de « former des acteurs économiques capables de créer de la richesse ». Incubateurs, mentors, tout y est, nous dit-on. Il suffit « d’oser entreprendre ». Le slogan est lancé, les t-shirts sont probablement déjà en cours d’impression.
Pour que la pilule de l’IA passe mieux, une « démonstration interactive » (le frisson de la modernité !) a permis à des étudiants en informatique de nous présenter leur dernière création : un chatbot. Pas un qui vous prédit l’avenir ou qui écrit des poèmes à votre place, non, un qui aide les PME à gérer leur relation client. Révolutionnaire. La salle, nous assure-t-on, a posé des « questions passionnées ». On imagine le débat : « Peut-il aussi négocier les prix avec les fournisseurs récalcitrants ? »

Le clou du spectacle fut sans doute le témoignage du jeune diplômé de la FLSH, déjà start-upper à succès dans l’éducation assistée par IA. « J’ai commencé avec une simple idée en master, » a-t-il confié, modeste, avant d’ajouter que son appli est désormais utilisée par des « milliers d’élèves ». L’université, bien sûr, lui a « donné les outils ». On espère qu’elle a aussi pensé à prendre des parts dans la boîte.
Le programme de la semaine, qualifié d’« alléchant » (on salive d’avance), promet son lot de conférences-débats avec des « experts » (le mot magique), des ateliers pour créer des « business models innovants » (plus c’est innovant, mieux c’est), un concours de pitchs avec « financements à la clé » (la carotte suprême), et une exposition-vente pour écouler les premiers prototypes. Aïcha, étudiante en sociologie, y voit une « aubaine » et espère « trouver des partenaires ». On lui souhaite bonne chance pour pitcher son concept de « sociologie algorithmique appliquée au marketing tribal ». De son côté, Dr. Samuel Ngando, enseignant en communication, nous assure que « l’IA ouvre des portes insoupçonnées ». Peut-être celle du frigo pour aller chercher une bière fraîche après tant d’émulation.
La cérémonie inaugurale s’est, comme il se doit, achevée par un « cocktail networking » sous les frondaisons de la FLSH. L’occasion pour les futurs Mark Zuckerberg locaux d’échanger des cartes de visite, probablement imprimées en urgence la veille, et de nouer des alliances stratégiques entre deux petits fours.
Une semaine « décisive » s’ouvre donc. Reste, en effet, à savoir si les « graines » semées par tant de discours inspirés et d’ateliers pratiques germeront en véritables entreprises florissantes, ou si elles finiront, comme tant d’idées géniales de campus, par nourrir les archives des bonnes intentions. L’avenir – et peut-être un autre chatbot – nous le dira.


Jean Bosco BELL
