La Ronde des jours : quand Bernard Dadié fait danser la poésie au rythme de l’Afrique debout
Publié en 1956, La Ronde des jours n’est pas un simple recueil de poèmes. C’est une traversée poétique, une respiration profonde de l’Afrique en lutte, portée par la plume de Bernard Binlin Dadié, figure tutélaire de la littérature ivoirienne et africaine francophone.
Écrit dans une période de désillusion politique et morale, ce recueil laisse parfois affleurer l’amertume du militant anticolonialiste meurtri par les injustices, la prison et les promesses trahies. Mais chez Dadié, le désespoir ne triomphe jamais. L’amour de l’Afrique, la fierté noire et l’espérance humaine reprennent toujours le dessus. C’est là toute la force de La Ronde des jours : transformer la douleur en chant, la colère en poésie, la nuit en promesse d’aube.
Le recueil s’inscrit dans la continuité de Afrique debout ! (1950), tout en marquant une maturation esthétique et idéologique. Dadié y renoue avec les grands thèmes de la Négritude — dignité noire, mémoire ancestrale, humanisme universel — tout en s’en démarquant par une écriture plus souple, plus lyrique, parfois intimiste. Son célèbre poème « Mon cœur », écrit dès 1938, y trouve toute sa résonance.
La poésie de Dadié est militante sans être dogmatique, profondément humaine sans jamais être naïve. Elle célèbre l’homme noir comme porteur du monde, acteur de l’histoire, sujet de sa propre destinée :
Entre amertume et renaissance, on y sent :
- l’amertume du militant, meurtri mais lucide ;
- le triomphe de la Négritude, lorsque l’amour de l’Afrique l’emporte sur la colère ;
- l’universalité du propos, car la “ronde” évoque aussi le temps, la vie, la transmission, l’espoir.
La poésie de Dadié est militante sans être fermée, lyrique sans être naïve. Elle proclame la fierté noire tout en parlant à l’humanité entière.
« Je vous remercie mon Dieu de m’avoir créé Noir
Le noir, la couleur de tous les jours… »
La Ronde des jours est aussi une œuvre de transmission. Elle rappelle que la poésie peut être une arme douce, un espace de résistance, un lieu de reconquête de soi. À travers ses vers, Bernard Dadié inscrit l’Afrique dans le temps long de l’humanité, refusant toute assignation à la marge.
Pourquoi lire La Ronde des Jours aujourd’hui ?
Parce que ce recueil rappelle que la poésie peut être :
- une arme douce contre l’oppression,
- un chant de dignité face à l’effacement,
- un pont entre la nuit coloniale et la lumière de l’indépendance.
Lire La Ronde des jours aujourd’hui, c’est entendre battre le cœur d’une Afrique qui pense, qui lutte, qui aime et qui espère. C’est comprendre pourquoi Bernard Dadié demeure, aux côtés de Senghor et Césaire, l’une des voix majeures de la conscience noire contemporaine.
💬 Le mot de la fin
Décédé en 2019 à l’âge de 103 ans, Bernard Dadié laisse une œuvre immense. La Ronde des Jours en est l’un des piliers : un livre où la souffrance se transforme en chant, et où le rire du poète, dans la nuit, continue de créer le jour.
« Et mon rire sur le Monde,
dans la nuit,
crée le Jour






Jean Bosco BELL
