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Arthrose du genou : un espoir thérapeutique

Aucun médicament ne permet aujourd’hui de ralentir l’évolution de l’arthrose. Une biotech française, 4Moving Biotech, développe un traitement inspiré d’une famille de médicaments utilisés contre le diabète.

Francis Berenbaum

Cofondateur et directeur médical de la start-up, le professeur Francis Berenbaum, chef du service de rhumatologie de l’hôpital Saint-Antoine et professeur à Sorbonne Université, retrace l’origine de cette piste et les espoirs qu’elle suscite.

Un problème de santé publique mondial

L’arthrose représente un enjeu majeur de santé publique. Selon l’Organisation mondiale de la santé, environ 600 millions de personnes vivent avec cette maladie dans le monde, dont plus de 300 millions souffrent d’une arthrose du genou, la localisation la plus fréquente. Le nombre de cas a plus que doublé depuis 1990 et devrait encore augmenter avec le vieillissement de la population et la hausse de l’obésité. Les projections évoquent un milliard de patients d’ici 2050.

Les conséquences sur la vie quotidienne sont importantes : limitation des déplacements, perturbation du sommeil, difficultés professionnelles et sociales. « Les douleurs chroniques associées à la maladie ont aussi un réel impact psychologique, avec la survenue de dépressions », observe Francis Berenbaum. Le rhumatologue souligne également que « lorsque l’arthrose du genou gêne la marche, le risque de mortalité peut augmenter d’environ 50 % », en raison de l’entrée dans la sédentarité et de ses conséquences, notamment cardiovasculaires. Il rappelle enfin que l’arthrose peut commencer à 40 ans, l’âge moyen au diagnostic se situant autour de 50 ans.

Une maladie fréquente… sans traitement pour la ralentir

Alors que l’arthrose est l’une des maladies chroniques les plus répandues au monde, les options thérapeutiques restent limitées. « Actuellement, il n’y a aucun traitement de fond de l’arthrose capable de retarder la maladie », rappelle le chef de service.

Les traitements médicamenteux disponibles, comme les anti-inflammatoires qui comportent de nombreuses contre-indications, ou les infiltrations de cortisone visent uniquement à soulager la douleur. Quant aux infiltrations d’acide hyaluronique et aux compléments alimentaires souvent mis en avant pour les articulations, leur efficacité reste débattue.

Une idée venue de la recherche sur le diabète

La piste explorée aujourd’hui par la start-up 4Moving Biotech, cofondée par Francis Berenbaum, trouve son origine dans des travaux de recherche menés depuis plus de vingt-cinq ans par son équipe Arthrose et maladies métaboliques.

« L’arthrose était avant considérée uniquement comme un problème mécanique d’usure », explique Francis Berenbaum. Mais certaines observations ont conduit les chercheurs à revoir cette vision : ils ont notamment remarqué que les personnes obèses présentaient davantage d’arthrose, y compris dans les mains, ce qui ne pouvait s’expliquer uniquement par les contraintes mécaniques. Ces travaux ont mis en évidence des liens étroits entre arthrose, obésité et diabète. C’est dans ce contexte que le rhumatologue s’est intéressé à une nouvelle famille de médicaments antidiabétiques : les analogues du GLP-1.

Les récepteurs du GLP-1 existent naturellement dans plusieurs organes de l’organisme. On les retrouve notamment dans le pancréas, où ils stimulent la production d’insuline après un repas, mais aussi dans le cerveau, le cœur et les vaisseaux sanguins, où ils jouent un rôle dans la régulation de l’appétit et la protection cardiovasculaire.

Les travaux menés par l’équipe de Francis Berenbaum ont montré qu’ils sont également présents dans certains tissus de l’articulation, comme les cellules du cartilage et le tissu synovial, impliqué dans l’inflammation et la douleur. « Je me suis dit qu’il y avait quelque chose de potentiellement innovant », se souvient le chercheur et clinicien.

De la recherche académique à la start-up

Un brevet est déposé au début des années 2010 avec l’appui des structures de valorisation de la recherche de Sorbonne Université, notamment la SATT Lutech, qui finance la maturation du projet vers des modèles animaux. « Les résultats chez l’animal étaient extrêmement convaincants », souligne le rhumatologue.

Le projet est ensuite repris par la société 4P-Pharma dirigée par Revital Rattenbach et spécialisée dans le développement de projets issus de la recherche académique. En 2020, une filiale dédiée est créée : 4Moving Biotech. Francis Berenbaum en devient le cofondateur et le directeur médical. La société développe alors un traitement basé sur un analogue du GLP-1 administré directement dans l’articulation du genou, par injection intra-articulaire.

Un premier essai clinique mené en 2024 sur 36 patients a permis d’évaluer la tolérance de cette approche et de déterminer la dose à utiliser. Depuis l’automne 2025, une autre étude clinique destinée à évaluer l’efficacité du traitement est en cours dans une vingtaine de pays, dont la France, les États-Unis, l’Espagne, la Pologne, le Canada ou le Danemark. L’essai, financé par une levée de fonds de 12 millions d’euros, cible un type particulier d’arthrose : les formes dites inflammatoires. « À partir des données expérimentales précliniques, on s’est aperçu qu’il y avait un phénotype d’arthrose qui avait le plus de chances de répondre au traitement : les arthroses dites inflammatoires », explique Francis Berenbaum. Les patients de l’étude sont donc sélectionnés grâce à une IRM permettant d’évaluer l’inflammation du tissu synovial. Le protocole repose sur une seule injection et un suivi sur trois mois : « Au bout des trois mois, on évalue l’effet sur la douleur et sur la structure synoviale », détaille le rhumatologue.

L’objectif : retarder la pose de prothèse

Pour accélérer le développement du traitement, l’équipe explore également une approche innovante : les essais cliniques in silico, réalisés à partir de données de santé réelles. « À partir de ces bases de données à large échelle, on crée des jumeaux numériques, c’est-à-dire des modèles numériques de patients qui permettent de simuler l’évolution de la maladie et d’évaluer l’effet du traitement sur une longue durée », explique Francis Berenbaum. Cette approche pourrait notamment aider à mesurer un indicateur clé : estimer le délai avant la pose d’une prothèse du genou.

En effet, l’ambition du traitement n’est pas de promettre une régénération spectaculaire du cartilage – même si des effets anaboliques sont observés in vitro -, mais bien de ralentir la progression de la maladie et de retarder la pose d’une prothèse.

Car, contrairement à la prothèse de hanche, dont les résultats sont souvent très satisfaisants, celle du genou reste imparfaite. Environ 20 % des patients continuent à ressentir des douleurs un an après l’intervention.

Vers une accélération du développement

Pour les mois à venir, 4Moving Biotech prépare la prochaine étape : une étude clinique plus large destinée à confirmer les résultats obtenus chez les patients. Si ces données sont convaincantes, les autorités sanitaires pourraient accorder une autorisation accélérée de mise sur le marché aux États-Unis ou conditionnelle en Europe. « Notre objectif, c’est d’être en 2029 sur le marché », indique Francis Berenbaum.

En attendant, le rhumatologue insiste sur des leviers déjà connus : la prévention et les mesures non médicamenteuses. « Les grands facteurs de risque sont d’abord le vieillissement, deuxièmement l’obésité et enfin la sédentarité. Aujourd’hui, les meilleurs traitements de l’arthrose sont donc la perte de poids et l’activité physique. »

Source : Francis Berenbaum, https://www.sorbonne-universite.fr/actualites/arthrose-du-genou-un-espoir-therapeutique

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