Cameroun, l’impasse jeune
C’est dans une atmosphère sombre, au décor implacable, que le Chef de l’État s’est adressé à ses jeunes compatriotes à l’occasion de la soixantième édition de la Fête de la Jeunesse. Dès l’entame de son propos, il a, fait rare, reconnu comprendre que cette frange de la population, jadis présentée comme le fer de lance de la Nation, puisse se sentir « désemparée ». Une reconnaissance symboliquement forte. Mais très vite, le discours a renoué avec un exercice bien connu : l’énumération d’actions engagées, de plans spéciaux annoncés et de promesses réitérées pour l’épanouissement des jeunes.
Ce propos aurait pu trouver un écho favorable si le désenchantement n’était pas déjà profondément installé. Une partie de la jeunesse, se percevant exclue de la gestion des affaires publiques, choisit l’exil, souvent au péril de sa vie, ou se réfugie dans une indifférence résignée face à des engagements politiques qui, au fil du temps, ont perdu de leur crédibilité.
Dans une séquence d’à peine quinze minutes, le père de la Nation a donné le sentiment d’un rendez-vous formel, presque expédié, avant de fixer la prochaine adresse à l’année suivante. Le contraste est saisissant entre la gravité des défis et la brièveté de la réponse politique.
Au-delà du symbole, la réalité sociale demeure préoccupante. Les jeunes restent les plus exposés à la précarité et aux difficultés d’insertion socioprofessionnelle. Trop souvent mal orientés, insuffisamment accompagnés, parfois surdiplômés pour un marché du travail étroit, ils sont aussi accusés d’un manque d’expérience que le patronat ne cesse de déplorer. Les dérives qui en résultent — consommation de stupéfiants, violences urbaines, cambriolages, décrochage scolaire — traduisent un malaise profond. Les scandales récurrents dans les établissements scolaires illustrent cette crise silencieuse, à laquelle l’on oppose principalement un discours de « réarmement moral » dont la portée concrète interroge.
Le Chef de l’État a certes exhorté les jeunes à garder foi en l’avenir, promettant des lendemains meilleurs. Mais cet appel à l’espérance sonne, pour beaucoup, comme l’aveu d’un chantier inachevé.
Sur un autre registre, certains observateurs regrettent l’absence d’un geste fort d’apaisement, notamment une amnistie relative aux événements liés au scrutin du 12 dernier, dont les tensions ont dégénéré en affrontements de rue. Cette séquence a vu s’opposer, parfois violemment, des jeunesses aux convictions divergentes, accentuant les fractures.
Malgré le thème enchanteur de cette édition — « Jeunesse au cœur des grandes espérances, pour un Cameroun uni, stable et prospère » — l’impression dominante reste celle d’une occasion manquée. Loin d’un dialogue de vérité, le discours aura surtout mis en lumière le déphasage persistant entre le sommet de l’État et une jeunesse en quête d’écoute, de perspectives et de considération.
Trouvez ici l’intégralité du discours du Chef de l’Etat : https://campusunivers.com/wp-content/uploads/2026/02/Message-Paul-BIYA-du-10-Fevrier-2026-CD-PRC.pdf










Vijilin NGUELIFACK
